AU COMMENCEMENT, UN ELAN

Mis à jour : mai 27

Deux ans que l'idée a émergé : retour sur cet élan.




17 mai 2018.


Me voilà enfin assise dans ce café particulier dont l’ambiance studieuse m’enchante d’emblée.


« J’ai bien fait de venir. », pensé-je.

Le regard compatissant de la serveuse sur mon ventre Géodaire me ramène à l’incongruité de la situation : alors que j’aurais pu demeurer chez moi en ma qualité de femme-sur-le-point-de-devenir-mère, j’ai entrepris un pénible trajet jusqu’à ce lieu rempli de silhouettes silencieuses pour consommer (oui, dépenser !) un peu de temps face à une table.


« Bon, justement Julie, tu as marché et tu as payé. Il serait absurde de rebrousser chemin. », me dis-je.

Dans un mélange d’excitation et d’appréhension digne d’une rentrée scolaire, je déploie donc mon matériel : un carnet, des stylos.


Je suis venue écrire. Je suis venue écrire sur le courage. Pourquoi ? Pour qui ? Comment ? Je ne le sais pas encore, en fait je ne sais rien. Mais je cherche, je formule des hypothèses, je gribouille, je griffonne et égrène petit à petit des verbes : m’exprimer, oser, partager... Courage, courage de quoi ? Là encore, des verbes : de défendre, de lutter, d’être soi, d’affirmer ses opinions, de désobéir, de s’indigner… Comme un chapelet défilerait entre mes doigts, j’effleure en réalité sans le savoir une série de peurs. Car il s’agit bien de cela : « être courageux » nous dit-on (nous aurons le loisir d’explorer et d’en affiner la définition), c’est justement agir en dépit nos craintes. Non pas s’en défaire, mais accepter leur compagnie et continuer d’avancer.


27 avril 2020.


Deux ans plus tard, plusieurs centaines de biberons et de couches plus tard, je rouvre mes pensées : que reste-t-il de cet élan ? Il reste cette intuition que je choisis d’écouter à nouveau, il reste mon envie de comprendre l’origine de cet intérêt que je ne m’explique pas encore mais que je compte considérer davantage. Me voici donc, cette fois assise dans l’intimité d’une maison, cette fois prête à assumer des lectures éventuelles. Je reprends le stylo là où je l’avais abandonné pour me laisser guider par cet irrésistible instinct. J'ouvre études, articles, manifestes, revues ; je consulte fictions et documentaires, thèses et dictionnaires.


26 mai 2020.


La grosse trouille quand même ! Etudier le courage n'empêche pas les gouttelettes d'inquiétude d'infiltrer mon esprit perméable. Elles déferlent comme à leur habitude, avec constance. Mais alors même qu'elles me font tressauter, je savoure la volupté inattendue du coeur battant.


Quand même, la frousse.

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